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Clarinette basse, sax soprano, piano...

 

Les ALLUMES DU JAZZ / jean Rochard
Multi-instrumentiste et compositeur, Laurent Rochelle propose une oeuvre d’une grande cohérence et affiche une profonde détermination dans la volonté de faire partager un univers très personnel et singulièrement habité. Séduisante et touchante, inetmporelle aussi, sa musique ne craint pas de renouer avec une certaine forme de romantisme.L’ensemble est bien servi par une interprétation remarquable et une belle utilisation des cordes.

TRAVERSES magazine - Musiques nouvelles et progressives
Nous évoquions la sonate (comme celles que Claude Debussy a pu écrire, par exemple), mais c’est bien de poèmes qu’il s’agit ici, métaphoriquement, car la musique élaborée par Laurent Rochelle est portée par l’indicible et qu’elle captive la sensibilité de l’auditeur. La poésie de Les Amours invisibles, c’est aussi deux textes : l’un, romantique, de la poétesse américaine Emily Dickinson (1830–1886), « I Died for Beauty », l’autre, « Serpentine Streams », de la poétesse hongroise Edit Gergely - amie du compositeur -, traduit en français sur le livret. Les voix de la poétesse lisant ce dernier, et celle d’Alima Hamel chantant le premier, intègrent ces mots dans l’esthétique sonore raffinée de cet album.

Musicalement, la poésie se traduit en effet par un sens des nuances, une délicatesse que l’on ne rencontre plus désormais que chez quelques artistes ou groupes bien précis (feu Hadouk Trio, par exemple) ou, plus généralement, sur les productions du label ECM, fondé en 1969 et toujours dirigé par Manfred Eicher. Il est d’ailleurs permis d’évoquer les artistes de cette maison allemande bienfaitrice lorsque l’on écoute attentivement les percussions, les cymbales (notamment le jeu de charleston) sur cet album de Linoleum Records, label fondé, lui, par. Laurent Rochelle. La subtilité avec laquelle Loïc Schild, Laurent Paris et Cedric Marcucci installent leur rythmique (sans basse, ni contrebasse) évoquent irrésistiblement les introductions complexes inventées par Jack DeJohnette ou John Christensen sur nombre de « délices » ECM (Cf leurs collaborations avec le guitariste Terje Rypdal). Quant aux boucles de piano, établissant, elles, une structure sonore circulaire (cf Tubular Bells de Mike Oldfield), elles sonnent comme un écho au travail de John Surman, compositeur de jazz britannique, qui se fit connaître des mélomanes du grand public par des boucles d’orgue ou de synthétiseur sur lesquelles il développait ses soli de saxophones et de clarinettes (l’album le plus connu pour cela est sans doute Private City). Ici, grâce au superbe travail du quatuor à cordes (un violon, un alto, deux violoncelles joués respectivement par : Nathalie Boulanger, Marie-Florence Ricard, Julianne Trémoulet, Marie-Madeleine Mille) nous parviennent des réminiscences de l’album Coruscating de cet artiste d’outre-Manche, connu pour ses multiples collaborations. Mais là où ce dernier cd pouvait lasser quelque peu, Les Amours invisibles paraît trop court grâce à la fascination que ses différentes pièces exercent sur l’ouïe et l’âme, grandes ouvertes, comme si cette musique déverrouillait les portes derrière lesquelles nous cachons notre sensibilité.

Si l’on n’éprouve pas une seconde d’ennui à son écoute, c’est grâce à la diversité des climats de chacun de ces poèmes, se déroulant pourtant tout au long de ce cd dans une unité de ton relativement mélancolique, parfois sombre, le plus souvent éthérée. Et l’on peut évoquer le compositeur breton Yann Tiersen – sur certaines pièces et surtout pas celle du film Amélie Poulain -, particulièrement par rapport à « Green Forest Song », chanté en anglais par Laurent (Yann, lui aussi, utilise parfois cette langue) et appuyé par le chant d’Audrey Durand.

Si l’on a tant de plaisir à revenir à cet album si familier après la première écoute, c’est aussi grâce au choix des instruments dont joue notre saxophoniste-clarinettiste. Il ajoute à ses compétences premières : le piano, le mélodica, l’accordéon, des violons, du Fender Rhodes (piano électrique), du Thérémine (instrument à ondes). Les guitares électriques de Laurent Avizou puis celle de Denis Frâjerman, la flûte de Masako Ishimura (un album poétique serait sans doute incomplet sans flûte) s’immiscent pour y déranger un peu cet univers acoustique. Tous ces instruments, sont parfaitement audibles, individuellement, grâce à la prise de son et au mixage par le compositeur. Ils enrichissent la partition de cet opus dont les lignes mélodiques simples, le choix des harmonies émouvantes (le plus souvent en mineur), attirera les esprits impatients de quitter pour quelques minutes un monde devenu un gros fond sonore marketing vulgaire et conformiste. Les Amours invisibles scellent un pacte invisible entre celles et ceux pour qui la Musique, refuge providentiel, doit s’écrire avec un grand « M », comme celui de la Muse, divinité protectrice des arts.Mescalito